Pour ses cinquièmes Jeux Olympiques, la recordwoman du monde
norvégienne a enfin remporté le titre qu'elle méritait depuis
longtemps. Le premier jet (68,91 m) a suffi.
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Ce n'est que le premier essai, mais déjà Trine Hattestad sautille
sur place. Des bonds de joie. En voyant retomber son javelot
à quelques centimètres de la ligne jaune matérialisant son record
du monde (69,48 m), la Norvégienne a littéralement tué le concours.
Toutes les autres auront beau s'escrimer, on ne voit pas comment
elles auraient pu faire mieux que ses 68,91 m. « Ce
fut vraiment un bon jet, commenta après coup Trine, et
je pensais qu'il allait me valoir la victoire.» Elle resta
cependant concentrée comme il le fallait, mais ne fut jamais
inquiétée. La championne du monde, la Grecque Mirela Maniani-Tzelili,
ne se classa en effet que deuxième avec 67,51 m. «C'est vraiment
super d'avoir ce titre, reprit Trine. Et il prend un
goût différent, vu tout le temps que j'ai mis pour l'obtenir.»
C'est le moins que l'on puisse dire puisqu'hier, elle disputait
ses cinquièmes Jeux Olympiques. Aujourd'hui âgée de trente-quatre
ans, médaillée de bronze à Atlanta, la blonde norvégienne aux
yeux bleus a en effet effectué ses débuts aux Jeux de Los Angeles,
en 1984. À l'époque, elle avait pris la décision de ne se consacrer
qu'au javelot et d'abandonner le handball.
La jeune mademoiselle Solberg brillait alors en effet dans
cette discipline où elle fut d'ailleurs sacrée meilleur buteur
de Deuxième Division. Elle n'eut guère à regretter ce choix.
Les records du monde, titres mondiaux et maintenant olympique
sont là pour en attester.
La reine du lait
Sa carrière n'est néanmoins pas faite que de hauts. Il y eut
quelques bas et des déceptions. Déceptions olympiques d'abord
puisqu'elle dut attendre, hier, pour enfin décrocher une médaille
d'or. Le nom de Hattestad est également lié à un contrôle positif,
en 1989. Mais il s'avéra qu'une erreur avait été commise dans
l'analyse et Trine fut réhabilitée.
Elle obtint même de sa fédération un dédommagement de 300 000
F pour manque à gagner. Sa popularité, un temps affaiblie, rebondit
cependant après sa victoire au Mondial 1993 à Stuttgart. Elle
tourna alors une publicité pour le lait, qui lui valut un succès
aussi important que sur les pelouses. On la décréta carrément
la reine du lait en Norvège.
Sa carrière connut également diverses interruptions liées à
ses sept (!) opérations de l'épaule ou à la naissance de ses
deux garçons, Joachim et Robin. Enceinte de ce dernier, elle
avait cependant décidé de prendre part aux Mondiaux de Göteborg
en 1995, avant de renoncer au tout dernier moment.
Mais sa réelle mainmise sur la discipline, elle l'a conquise
cette année, en décrochant enfin le record du monde avec un
jet à 69,48 m, le 28 juillet dernier à Oslo. L'an passé, si
elle avait pourtant achevé la saison en figurant en tête sur
les tablettes mondiales, ses 68,19 m n'avaient pas été homologuées.
La petite ville de Fana, où son javelot s'était envolé, ne disposait
pas des installations nécessaires pour effectuer un contrôle
antidopage dans les règles. Une péripétie. Oubliée depuis hier
dans le bonheur absolu de la soirée...