Après Kipketer sur 800 m et El-Guerrouj sur 1 500 m, c'est
un autre grand favori, l'Algérien Saïdi-Sief, qui a dû se contenter
de l'argent sur 5 000 m, hier. Au terme d'une course tactique,
l'Éthiopien Million Wolde s'est montré meilleur finisseur.
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MAIS que se passe-t-il sur le demi-fond masculin ? Hormis
l'Ethiopien Haile Gebreselassie, qui a remporté à l'arraché
son deuxième titre olympique sur 10 000 m face à son éternel
second kenyan Paul Tergat, les seigneurs de la discipline ont
subi la loi de leurs vassaux. Si, dans le cas du 1 500 m, Noah
Ngeny se présentait effectivement a priori comme le seul à pouvoir
faire mettre un genou à terre au maître El-Guerrouj, le 5 000
m a révélé un aussi surprenant vainqueur en la personne de l'Ethiopien
Million Wolde que le 800 m avec l'Allemand Nils Schumann. Dans
tous les cas, ces courses australiennes ont rappelé qu'un grand
championnat n'a par essence rien à voir avec les meetings où,
semaine après semaine, des lièvres déforment les pelotons et
faussent les pronostics des grands soirs.
Schumann l'avait reconnu, un train rapide l'aurait écarté du
podium du 800 m.
On peut penser qu'il en aurait été de même pour Wolde sur 5
000 m. Mais personne n'a voulu jouer le rôle de la locomotive.
Et Wolde s'est imposé en 13'35''49, soit la finale la plus lente
depuis la victoire du Tunisien Gammoudi à l'altitude de Mexico
en 1968 ! « A cette vitesse-là, les quinze finalistes
pouvaient gagner », dira le Marocain Brahim Lahlafi.
Ali Saïdi-Sief, propulsé grand favori de la course après ses
excellents chronos (dont un 12'50''86 sur 5 000 m) et son invincibilité
estivale du 1500 m au 5 000 m en passant par le 3 000 m, pouvait
difficilement prendre le risque d'impulser seul un train rapide.
« Je pense qu'il était entre deux eaux, commentait
son entraîneur Philippe Dupont. On avait envisagé une course
lente et l'idée était de partir à 800 mètres de la ligne. Il
a bien durcit la course dans les 600 derniers mètres mais pas
assez pour se mettre à l'abri d'un super finisseur. D'un autre
côté, durcir plus aurait pu lui coûter une médaille. »
Sur le porte-bagage
Le seul qui aurait pu lui apporter de l'aide, c'est le Marocain
Lahlafi, finisseur très moyen mais homme de train de talent.
Lahlafi a bien porté une estocade, très exactement à mi-course.
Mais personne n'est venu le relayer. Saïdi-Sief s'est contenté
de contrôler la course, toujours bien placé, guettant son heure.
Mais à l'emballage, à la cloche, Wolde s'est installé sur son
porte-bagage. Et, dans le dernier virage, il l'a passé irrémédiablement.
« C'est ma première année sur 5 000 m, rappelait
très justement l'Algérien, qui n'en avait couru que deux avant
d'arriver à Sydney. Je suis avant tout un coureur de 1 500
m, un finisseur. C'est pour ça que j'ai couru normalement. Mais
j'ai été surpris par Wolde. »
L'Ethiopien n'est pas pour autant un inconnu. Champion du monde
juniors du 5 000 m et de cross en 1998, le jeune élève de Gebreselassie
était descendu pour la première fois sous les 13' au 5 000 m
cette année-là (12'59''39). Cet hiver, il a aussi couru le 3
000 m indoor le plus rapide de la saison, en 7'35''84. Il avait
d'ailleurs battu Saïdi-Sief. Même si l'Algérien n'était alors
qu'en phase de travail foncier, il fallait peut-être y voir
un avertissement.
Troisième vainqueur éthiopien à Sydney après les sacres de
ses glorieux anciens Gebreselassie et Derartu Tulu sur 10 000
m, Wolde semble bénéficier de la si sûre stratégie de Gebre,
pour qui la vitesse terminale a toujours constituer l'arme absolue.
« J'espère que cette victoire va donner confiance aux
jeunes coureurs éthiopiens pour l'olympiade qui s'ouvre » ,
notait-il. Au pays, Gebre a fait école.
Quant à Saïdi-Sief, la déconvenue d'hier ne retire rien à son
formidable potentiel. « Ali n'a que vingt-deux ans,
c'est sa première saison sur 5 000 m et il ne faut pas faire
la fine bouche devant une médaille d'argent » , note
justement Dupont. Après s'être essayé avec succès au 5 000 m
cette année, Saïdi-Sief peut en devenir un maître dès l'an prochain.
Ses futurs duels sur la distance avec le Marocain El-Guerrouj
s'annoncent somptueux. « Qu'El-Guerrouj passe sur 5
000 m ou pas ne me pose aucun problème » , certifie
Ali. Les chronos vont s'emballer et les Mondiaux d'Edmonton
établiront une nouvelle hiérarchie du demi-fond. D'ici là, tous
ces champions auront eu le loisir d'analyser les raisons tactiques
de leurs échecs. Et d'en tirer des conclusions.