Michael Johnson n'a pas eu à forcer son talent pour emmener
le 4 × 400 m américain vers un nouveau titre olympique. Son
relais en 44"23 a constitué son dernier tour de piste dans un
grand Championnat. « MJ » continue sa carrière encore
un an, mais il ne disputera pas les Mondiaux d'Edmonton en 2001.
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ICERTES elles ne sont pas toutes d'or, mais Marion Jones a
bien réussi ce qu'aucune autre athlète femme n'avait jamais
fait avant elle, en remportant cinq médailles olympiques au
cours des mêmes Jeux, trois d'or (100 m, 200 m, 4x400 m) et
deux de bronze (longueur, 4x100 m). Ce qui en fait la reine
incontestable de cette décade d'athlétisme qui s'achève ce dimanche
avec le traditionnel marathon masculin. Et la touche finale
qu'elle a mise hier à son oeuvre, cette merveille de troisième
relais dans le 4x400 m américain, que nous avons chronométré
manuellement en 49''28, témoigne de l'incroyable potentiel athlétique
de cette jeune femme qui n'aura jamais que 25 ans le 12 octobre
prochain et peut encore espérer connaître d'autres bonheurs
olympiques et battre un jour le record de médailles olympiques
porté hier à huit, grâce à sa deuxième place avec le relais
jamaïquain dans le 4 x 100 m par une certaine Merlene Ottey.
Huit médailles, de 1980 à 2000, mais pas une d'or...
Lorsque Marion prit le témoin des mains de Monique Hennagan,
rien n'était encore fait pour le relais 4 x 400 m américain,
les Jamaïquaines étant encore à leur niveau, les Russes et les
Nigérianes à deux mètres seulement. Mais Marion, partie assez
prudemment, devait creuser un écart définitif dans les derniers
deux cent mètres de sa course, en produisant une épatante impression
de fluidité et de puissance à la fois. Rien à voir avec le spectacle
beaucoup plus ordinaire que devait nous offrir dans le relais
suivant Cathy Freeman qui aurait mieux fait de s'éviter le péché
d'orgueil d'un engagement sur 200 m pour se consacrer uniquement
à la quête d'une seconde médaille sur 4 x 400 m. Pour les Américaines
en tout cas, l'essentiel était fait lorsque Marion transmit
le témoin avec une bonne dizaine de mètres d'avance à La Tasha
Colander-Richardson.
Décisive sur 4 x 400 m, Marion n'avait en revanche pas pu renverser
une situation désespérée, une heure et demie plus tôt, dans
le 4 x 100 m. Où un catastrophique passage de témoin entre les
deuxième et troisième relayeuses, Torri Edwards et Nanceen Perry,
les remplaçantes de Gail Devers et Inger Miller, toutes deux
blessées, ôta toute chance de l'emporter aux Américaines.
Étonnantes Bahamas
Marion se contenta, malheureusement pour nous, de reprendre
la seule Christine Arron, mais ne put revenir sur les filles
des Bahamas et de la Jamaïque. Sacrée performance d'ensemble
en tout cas pour les sprinteuses Bahaméennes qui étaient trois
en finale du 100 m, deux en finale du 200 m et remportent le
titre du relais qu'elle avait déjà conquis aux derniers championnats
du monde. Pas mal pour une petite île de 250 000 habitants qui
faillit bien obtenir également une médaille sur 4 x 400 m masculin.
Où un autre champion d'exception s'offrit lui-aussi une cinquième
médaille hier soir. La cinquième médaille d'or de la carrière
olympique de Michael Johnson (4 x 400 m en 1992, 200 m et 400
m en 1996, 400 m et 4 x 400 m en 2000) dont nous avons suivi
le tour de piste avec beaucoup d'émotion. Moins pour la qualité
de sa performance - le trou était fait lorsqu'il prit le dernier
relais des mains de Calvin Harrison - que pour la tristesse
de voir un champion si unique effectuer sous nos yeux le dernier
grand 400 m de sa carrière. Ce fut le dernier acte d'une soirée
qui s'annonçait grandiose avec neuf finales au programme et
tint une bonne partie de ses promesses. Mais pas forcément là
où on les attendait.
Ainsi avait-on misé sur l'avènement d'un nouveau grand du demi-fond,
l'Algérien Ali Saïdi-Sief au 5000 m. Mais il devait connaître
le même sort que Kipketer sur 800 m et El-Guerrouj sur 1500
m, en se faisant déborder dans les cent derniers mètres par
l'Ethiopien Million Wolde. Lancé sur des bases plutôt lentes
(2'45 au 1er kilomètre, 2'54 au 2e, 2'44
au 3e), la course ne s'anima que sous l'impulsion
de Saïdi-Sief lui-même aux 4000 m. Mais à cinq cent mètres du
but, ils étaient encore douze hommes à pouvoir prétendre à la
victoire et notamment le jeune Million Wolde (21 ans !),
champion du monde juniors sur la distance en 1998, que l'on
a découvert hier soir redoutable finisseur.
Tulu huit ans après
On attendait beaucoup du 5 000 m, mais peut-être un peu moins
du 10 000m féminin. Bien à tort. Car ce fut une course de toute
beauté. Pendant près de huit kilomètres, c'est l'Anglaise Paula
Radcliffe, dodelinant comme toujours de la tête dans son style
si peu esthétique quoique assez efficace, qui mena le peloton,
très vite réduit en fait à cinq unités puisque seules les deux
Ethiopiennes Derartu Tulu et Gete Wami, la Portugaise Fernanda
Ribeiro et la Kenyanne Tegla Loroupe avaient pu suivre le rythme.
Et l'on voyait, avec une triste certitude pour cette courageuse
Paula, arriver le moment où ses adversaires allaient la déposer
en route. Il vint en fait à 400 mètres de l'arrivée lorsque
Tulu plaça une accélération décisive que seul Wami put suivre
avant de céder à son tour. En 30'17''49, quatrième performance
de tous les temps, derrière les temps « irréels »
réalisés par deux chinoises en 1993 à Pékin et les 30'13''74
de la Norvégienne Kristiansen de 1986, la menue Ethiopienne
revenue à l'athlétisme après la naissance de sa petite Tion
il y a deux ans, renouait avec la victoire. Juste huit ans après
son fameux triomphe de Barcelone où, son tour d'honneur avec
sa dauphine, la Sud-africaine Elena Meyer, la blanche et la
noire unis dans le même drapeau, avait été un inoubliable moment
d'émotion. Celui d'hier, avec sa dauphine et compatriote Wami,
ne fut d'ailleurs pas mal non plus. Tulu comme à Barcelone,
et sur 1500 m, une victoire algérienne, comme en 1992 là encore.
Car, huit ans après le triomphe d'Hassiba Boulmerka c'est l'inattendue
Nouria Merah-Benida qui s'est imposée hier au terme d'une drôle
de course que Gabriela Szabo aurait sans doute remporter si
elle n'avait pas été victime d'une bousculade après le passage
aux 800 mètres. Du coup la Roumaine se trouvait en neuvième
position, à près de quinze mètres de la tête de course à la
sortie du dernier virage. Et, malgré la difficile fin de ligne
droite de Merah-Benida et de l'autre Roumaine Szekely, Szabo
vint échouer à la 3e place. Mais combien d'athlètes
dans l'histoire auraient été sacrés sur 1510 m ou sur 1490 m...
Des relais bleus placés
Pas de doublé donc pour Szabo, mais une première couronne olympique
à l'inverse pour Trine Hattestad, encore une jeune maman, déjà
sacrée aux Mondiaux de 1993 et 1997, mais qui n'avait pu faire
mieux que le bronze à Atlanta. Avec un lancer à 68,91 m au premier
essai, elle s'est offert à 34 ans une sorte de joli cadeau de
fin de carrière. Quoique avec cette solide nature, elle est
encore capable de promener son bambin sur les meetings de l'Europe
entière encore quelques étés. Et les Français dans tout cela ?
Au moins ont-ils fait bonne figure dans les relais, où ils réussissent
une sorte de petit chelem européen. En effet tant les filles
du 4x100 m que les deux relais masculins finissent premiers
européens dans leurs courses respectives. Ce sont normalement
les jeunes femmes de la bande à Pia qui ont le mieux figuré,
terminant à une très honnête quatrième place malgré un départ
catastrophique de Linda Ferga promue première relayeuse. Quant
aux relais des garçons, ils sont tous deux cinquièmes. Dans
le 4x100 m nettement dominés par les Américains, au comportement
excessivement démonstratif par la suite, devant d'inattendus
Brésiliens et dans ce fameux 4x400 m où les Bleus devancent
les Anglais de deux dixièmes, ce qui n'est pas si fréquent.
Mais avec zéro médailles, ce qui n'était pas arrivé depuis les
Jeux de Berlin, et six finalistes seulement, l'athlétisme français,
sauf à espérer un nouveau Mimoun au marathon, offre un bien
triste bilan dans un sport où quarante-deux pays ont obtenu
au moins une médaille. Ce qui nous met très loin du compte à
trois ans des Mondiaux à Paris.