Après l'échec d'Atlanta et leur défaite face aux Canadiens,
les Américains avaient soif de revanche : ils se sont nettement
imposés en finale du 4 × 100 m hier, mais leur attitude sur
le podium a déplu à certains.
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IL n'y a jamais eu le moindre suspense : pas un instant,
en effet, le relais 4 × 100 m américain n'aura été inquiété
dans cette finale olympique, remportée en 37''61, meilleur chrono
de l'été, par le quatuor Jon Drummond, Bernard Williams (« le
troisième »), Brian Lewis et Maurice Greene. Il y eut bien une
petite rumeur partie des travées de presse qui annonça que Brian
Lewis avait mordu le couloir voisin, mais elle ne trouva aucun
écho du côté des membres du jury, en charge de la régularité
des courses. La rumeur étouffée, le relais américain retrouvait
ce titre olympique que d'irrespectueux Canadiens lui avaient
chipé en 1996, chez lui à Atlanta, une humiliation que Jon Drummond
et Tim Montgomery, les deux seuls rescapés de la triste aventure
géorgienne, ont ruminé quatre ans. C'était la première fois
depuis 1920 qu'un relais américain était battu à la régulière.
Il fallait laver l'affront et tous les propos tenus avant cette
finale d'hier évoquaient cette suprématie à reconquérir au plus
vite.
Ce fut fait, et de quelle manière ! Après le départ canon
de Jon Drummond, plus rien ne pouvait empêcher le quatuor US
de goûter aux joies d'un titre olympique que Maurice Greene
compara au résultat d'une délicieuse recette de pâtisserie :
« Jon a bien fatigué la pâte, Bernard l'a mise au feu,
Brian surveilla la cuisson et moi, j'ai mis le glaçage ! »
Exprimé en ces mots, le dessert est appétissant, mais il
a aussi provoqué une indigestion chez certains qui n'ont guère
apprécié toutes ces démonstrations de biscotos, ces mimiques
de clowns prodigués par les quatre sprinteurs américains après
leur victoire. Lorsque le cuisinier fait trop de simagrées ou
de ronds de jambe, on peut venir à en oublier combien ce qu'il
vous sert dans l'assiette est succulent...
Des excuses publiques
C'est en d'autres termes qu'un journaliste américain en fit
la remarque aux intéressés lors de la conférence de presse :
reprenant les propos d'un athlète américain, il posa la question
de savoir si c'était trop leur demander de respecter leur drapeau
lors de l'exécution des hymnes nationaux, allusion faite aux
grimaces de Bernard Williams (« le troisième » de
sa génération), sprinteur aussi rapide qu'immature, après qu'il
eut reçu sa médaille d'or. Cette attitude n'était pas sans rappeler
celle des sprinteurs français sur le podium des Mondiaux de
Tokyo en 1991 : ils avaient « chambré » leurs
vainqueurs américains et avaient essuyé eux aussi quelques critiques.
« Nous n'avons jamais voulu offenser qui que ce soit,
répondit Greene au nom de ses camarades, nous avons juste
voulu exprimer notre joie d'avoir accompli notre mission. La
pression qui pesait sur nos épaules était tellement énorme avant
cette finale... Nous avons voulu célébrer à notre façon ce succès
et, si quelqu'un s'est trouvé offensé par notre attitude, nous
lui présentons nos excuses. »
En bon capitaine, Jon Drummond renchérit : « Tout
le monde était persuadé que nous allions gagner facilement ce
relais, parce que nous avions l'équipe la plus forte sur le
papier. Mais, avant de gagner, il fallait passer deux tours
et ensuite battre de bonnes équipes pour décrocher le titre
olympique. C'est pourquoi nous nous sommes lâchés un peu. Notre
but n'est pas de dénigrer la performance de nos adversaires,
bien au contraire ! Nous avons un grand respect pour eux. »
Un peu gêné par cette attaque, le quatuor américain trouva
son salut dans l'intervention d'Edson Ribeiro, deuxième relayeur
du Brésil qui expliqua que si les siens, étonnants deuxièmes
hier, avaient battu les Américains, ils auraient fait « ou
grandou festa » ! (« Une fête bien plus grande
encore ! ». Jon Drummond, toujours aussi théâtral,
se leva de son siège pour tomber dans les bras de son rival.
Les Cubains, eux, se gardèrent bien d'intervenir : pour
cause, ils n'étaient pas venus assister à la conférence malgré
leur troisième place. L'équipe de France, elle, cinquième en
38''49, a optimisé au maximum son potentiel. C'est un excellent
résultat compte tenu des performances individuelles de chacun
de ses relayeurs.
Cette victoire d'hier est la quinzième d'un relais 4 × 100
m américain depuis les Jeux d'Anvers, en 1920. Seuls les titres
olympiques de Rome en 1960 (disqualification), de Moscou en
1980 (boycott) et d'Atlanta en 1996 (défaite à la régulière)
ont échappé aux sprinteurs des États-Unis d'Amérique. On aurait
aimé un peu plus de dignité de leur part pour fêter le cours
de leur suprématie reprise...